Le genre comme test de la qualité du partenariat Afrique-Europe
Dans la coopération universitaire entre l'Afrique et l'Europe, le genre se mesure le plus souvent en chiffres de participation : combien de femmes étudient, obtiennent une bourse, entrent dans un consortium. Ces chiffres sont utiles, mais ils ne disent pas qui décide. C'est le déplacement que propose la Pr Rokhaya Cissé, sociologue à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar (IFAN Cheikh Anta Diop) et coordonnatrice du Laboratoire de Recherche sur les Transformations Économiques et Sociales (LARTES-IFAN), dans sa contribution au dialogue Afrique-Europe sur le genre dans l'enseignement supérieur et la recherche.
Son point de départ est simple : personne n'a de modèle à exporter. Dans seize grandes universités de recherche africaines, 13 % seulement des recteurs sont des femmes. Au Conseil africain et malgache pour l'enseignement supérieur (CAMES), elles ne représentaient cette année que 17,8 % des candidats à la promotion, alors qu'une fois candidates, elles réussissent mieux que les hommes. Le blocage n'est donc pas dans l'évaluation, mais bien en amont : accès au doctorat, temps de recherche, financements, réseaux, mobilité. Et l'Europe connaît le même schéma, avec 48 % de femmes parmi les docteurs mais à peine plus d'un quart aux plus hauts rangs professoraux.
La note va plus loin en interrogeant le partenariat lui-même. Une chercheuse africaine qui entre dans un consortium cumule deux distances par rapport aux lieux de décision : celle qu'elle subit dans sa propre université, et celle qui tient à la répartition de l'argent, de la coordination et de la visibilité entre partenaires. Ces deux inégalités ne s'ajoutent pas, elles se multiplient. D'où une série de questions très concrètes à poser projet par projet : qui choisit les thèmes, qui décide du budget, qui garde les données, qui signe, qui parle aux décideurs, et que reste-t-il dans l'université africaine une fois le projet terminé ?
Plutôt qu'une condition imposée d'un côté à l'autre, la Pr Cissé propose cinq engagements réciproques : suivre les parcours et non seulement compter les participantes, partager les décisions scientifiques et budgétaires, rendre la mobilité réellement possible (visas, charges familiales, maternité, retour dans l'institution d'origine), partager la reconnaissance en s'accordant dès le départ sur les auteurs et la propriété des données, et se rendre des comptes dans les deux sens. Réciproque ne veut pas dire identique : chacun accepte de regarder ce qu'il doit changer chez lui.