Maman Laurence, c’est la vie dans toute sa splendeur!
Je m’habitue à la nouvelle de devoir me passer de ta silhouette majestueuse et d’avoir besoin de plonger dans les multiples souvenirs qui jalonnent nos chemins en commun. Maman Laurence et moi, c’est une complicité au premier jour.
Nous sommes au début des années 2000 lorsque les Professeurs émérites Louis Favreau et Lucie Fréchette m’invitèrent à l’Université du Québec en Outaouais. Je trouvais longs de devoir passer 4 mois dans un hôtel ou une résidence et m’en ouvris à eux de trouver un cocon multifacettes : loger chez l’habitant, pas loin de l’UQO et auprès d’une personne capable de
m’accompagner dans l’apprentissage de l’anglais. D’un tour de seconde, ma collègue Lucie Fréchette sa rappelle qu’à quelques encablures de l’UQO, au 45 rue des Orchidées, une habile et remarquable ex directrice de centre de formation professionnelle et technique vivait paisiblement sa retraite. N’est-ce pas que l’oiseau rare n’a pas besoin de s’envoler pour se
distinguer. Le couple de professeurs échangent quelques paroles convergentes et Lucie décide de persuader Mme Laurence Ménard Skora d’accueillir leur invité. Comme si ma future tutrice flairait le coup de l’amitié, elle se montra enthousiaste à recevoir le professeur africain
venant du Sénégal.
Maman Laurence Ménard Skora a été une figure marquante pour moi comme pour d’autres. J’ai eu une fascination pour son bel esprit, celui d’une pensée positive permanente, mais pareillement pour sa vaste culture, ses choix de vie, son alimentation et ses loisirs. Tout chez elle a été une leçon de vie pour ma part. Oui, j’ai passé mon temps à apprendre d’elle ce qu’aucune université ne saurait m’apprendre: le savoir vivre, le sens de la vie, la finalité de la vie en société. J’ai appris à choisir les couleurs, à repérer les sensations, à modérer les sentiments en acceptant les règles de la diversité et en les traduisant en richesses. J’ai appris à articuler loisirs et profession et à considérer l’intellect comme fruit d’un croisement de facteurs diversifiés.
Maman Laurence m’a comblé d’attention et de conseils. Elle a veillé sur moi au point que je pouvais lui raconter ma vie par des récits qu’elle savait susciter: mes parcours de vie s’enchaînent à mesure qu’elle m’en racontait d’autres. Je trouvais aisément le cheminement de ma vie future. Et en fait, dans l’esprit, on ne s’est jamais quitté. Le romancier sénégalais Birago Diop disait que les morts ne sont pas morts, ils sont dans l’air qui frémit, dans le vent qui souffle, dans la lumière qui brille, dans le feu qui rougit, dans le ciel qui nous surplombe, etc.
Maman Laurence est parmi nous tellement chacun de ses gestes ou pensées renferme une leçon de vie. Célébrer la qualité de vie, c’est célébrer Laurence. Au Canada comme lors de son séjour au Sénégal, elle s’est révélée une mère qui scrute avec objectivité et finesse chacun de mes actes pour par la suite m’en offrir un reflet. Les images fortes se bousculent
dans ma tête me demandant laquelle est la plus marquante:

  • celle de la voir plonger sans hésiter au lac rose concentrant de l’eau salée et m’invitant avec ma collègue Myrjam des Pays Bas à la rejoindre dans l’eau dans les Niayes du Sénégal;
  • celle de la professeur nous enseignant le bridge dans un restaurant à Dakar avec le club de voisins des Almadies,
  • celle sur la tribune de l’école d’été du parti socialiste à Saint-Louis où je donnais une conférence en présence de l’élite politique,
  • celle de la piscine où nous pensions de longs moments à refaire notre monde,
  • celle l’hôtel tout en bois au Canada où nous avons passé la journée avec notre soeur, Maria,
  • ou alors devant les livres avec la passion que nous partageons sur la biographie de Obama sur la rue des Orchidées à Gatineau,
  • à la cuisine de chez elle avec ses mets succulents,
  • des émissions TV de Charlie Rose sur une des chaines américaines où
    périodiquement passaient des écrivains, de talentueux artistes, des leaders politiques et autres, racontant leur parcours de vie,
  • de l’accueil tout en famille qu’elle a fait à mes filles lors de leur séjour canadien à Sherbrooke, Montréal, Québec,
  • des visites du dévoué Jan Skora, notre grand frère, presque toujours en compagnie de Colette, prêt à faire toute tache qui plairait à Maman Laurence,
  • Des échanges via les réseaux sociaux avec Johanne, et avec d’autres membres de la grande famille Ménard qu’il serait long à citer.

Bref, elle a remplacé tout naturellement ma mère biologique que j’avais perdu lorsqu’elle n’avait que 60 ans.
La perte de maman Laurence est loin d’être une perte. Bien au contraire, c’est un tournant dans notre vie. Nous célébrerons ensemble notre mère pour que les liens qu’elle a tissé avec autant de finesse gardent leur vitalité et que la vie qu’elle a aimée soit vécue jusqu’au firmament..
Chers amis, parents et collègues, j’aurais voulu être avec vous en présentiel mais hélas, la Covid-19 a créé autant de limitations des déplacements internationaux que je me suis contenté de cette jonction à distance.
Je suis de tout cœur avec vous.