ANNEE : ​2016​

Moustapha SEYE

Thèse de ​Sociologie​ soutenue le  31 mai 2016​ par ​ SEYE  Moustapha​  sous la direction de ​Pr. Abdou Salam Fall​à l’université ​Cheikh Anta Diop De Dakar​

 Résumé du projet de thèse:

Au Sénégal, la gouvernance des pêches a connu un regain d’intérêt ; notamment dans le secteur artisanal, qui ne peut être dissocié de l’influence du contexte mondial marqué par l’injonction de la communauté internationale à adopter des modes de gestion durable pour lutter contre la perte de la biodiversité et la réduction des stocks de poissons. La pêche artisanale, contrairement à celle industrielle, a été très peu réglementée. Elle se caractérisait par un accès libre aussi bien aux pêcheries qu’aux espèces exploitées et par une absence de contrôle sur les quantités de prise.

Les dernières décennies ont été marquées par une volonté de réglementation du secteur qui s’est notamment accrue dans les années 2000. Le discours sur l’érosion de la biodiversité marine due aux changements climatiques ainsi qu’aux actions anthropiques et le constat d’un déficit de conservation des espaces marins à la différence des espaces terrestres ont fini d’installer l’alerte en faveur d’une gestion durable des ressources halieutiques. En effet, les aires marines protégées ne représentent que 0,65 pour cent de la surface marine pendant que les aires protégées continentales concernent 13 pour cent de la surface terrestre. Parmi les mesures adoptées pour la restauration de la biodiversité marine figure la nécessité de création de réseaux représentatifs d’aires marines protégées.

Le Sénégal s’est également inscrit dans cette démarche en créant, en 2004, officiellement par décret présidentiel, cinq aires marines protégées sur le littoral parmi lesquelles celles de Saint-Louis et de Kayar. La mise en œuvre des normes de régulation qui ont accompagné les initiatives de gestion durable des ressources n’a pas connu le même succès au sein de ces deux communautés.

L’hypothèse de cette thèse est que l’adaptation des populations à la gestion des pêcheries est inhérente à leurs perceptions et à leurs capacités de résilience à la dynamique des normes et pratiques qui ne leur permettent pas de faire face aux contraintes socio-économiques qu’elles sont confrontées. Les contraintes des pêcheurs émanent de i) leurs rapports avec les mareyeurs qui leur octroient des financements et les contraignent à partir en mer pour pouvoir honorer leurs engagements. ii) les pressions des mutuelles de crédit auxquelles certains d’entre eux souscrivent pour l’acquisition de moteurs, entre autres, et qui les incitent à puiser plus de ressources halieutiques pour payer leurs dettes. iii) la cherté des intrants (carburant, moteurs, pirogues, gilets de sauvetage) et la perception des acteurs de leur propre vulnérabilité notamment financière ne facilitent pas pour autant le respect des normes. En effet, les acteurs entrent dans des situations de ruse par rapport aux normes et font parfois semblant de les méconnaître pour justifier leurs écarts de conduite. Comme pour dire que leur seule volonté de bien faire, de se mettre en phase avec leurs perceptions positives sur les normes de gestion durable des ressources, ne suffit pas pour qu’ils la traduisent en acte.

Le cadre théorique s’inspire de l’interactionnisme (analyse stratégique, individualisme méthodologique) et du constructivisme (théorie des innovations). Les théories de la complexité et de la vulnérabilité ont également été mises à contribution.

Au plan méthodologique, la recherche a été menée selon une approche mixte associant les méthodes qualitative et quantitative. Un questionnaire, des guides d’entretien individuel et de focus group ont été administrés dans les trois sites que sont Kayar, Lompoul et Saint-Louis. L’enquête a été effectuée auprès de 375 personnes et a principalement ciblé les pêcheurs, les mareyeurs, les transformatrices et les manutentionnaires. L’enquête a permis d’obtenir les résultats qui peuvent être présentés à trois niveaux.

  1. i) L’existence de perceptions positives des acteurs sur les outils de gouvernance, en particulier, les aires marines protégées. En effet, les acteurs de la pêche considèrent que les aires marines protégées peuvent contribuer à la régénération de la ressource halieutique. En outre, les comités locaux de pêche artisanale parviennent à faire respecter certaines normes d’accès à cette ressource. En plus du respect du repos biologique proposé par l’État, d’autres normes locales de repos biologique sur une période plus longue sont observées dans certaines localités.
  2. ii) En dépit des perceptions positives sur les outils de gouvernance, les implications souhaitées pour la gestion durable des ressources dépendent de la coopération des différents acteurs. Le succès dans ce domaine tient à un double mouvement : d’abord, la responsabilisation des acteurs pour le respect des aires marines protégées ; ensuite, la mise en place de contraintes fonctionnelles pour réguler l’accès à la ressource. Inversement, les écarts aux normes sont dictés par les déficits de surveillance relatifs à ces mêmes normes.

iii) Les déterminants socio-économiques ont plus de poids que les perceptions sur le déficit d’appropriation des innovations et des normes par les acteurs. Les écarts aux normes sont induits par l’impératif de survie (la pression de la vie, pressions des mareyeurs et des mutuelles de crédits à la suite des campagnes de pêche et la cherté des intrants).

Mots clés : gouvernance, vulnérabilité, aire marine protégée, littoral, Sénégal.
Zone géographique : G​rande côte maritime: Kayar, Lompoul, Saint-Louis​

 

 

 

 

ANNEE : ​2017

Saliou Ngom 

Femmes et politique au Sénégal: Les dynamiques imbriquées d’inclusion-exclusion de l’indépendance à nos jours”

Sous la direction du Pr Jérôme Valluy, avec la collaboration du Pr Abdou Salam Fall, cette thèse est éligible au prix des thèses de la chancellerie et à une subvention pour une publication.

Cette thèse interroge l’évolution de la place des femmes dans la société sénégalaise postindépendance. En partant de la présidence de Léopold Sédar Senghor, marquée par un fort nationalisme politique, une centralisation du pouvoir, puis une ouverture démocratique qui consacre le pluralisme politique, elle analyse toutes les configurations politiques postindépendance (période du parti unique, ouverture politique, wolofisation, entrée des acteurs internationaux, alternance politique, parité) pour montrer comment s’y imbriquent à la fois des dynamiques d’exclusion et d’inclusion politiques des femmes. Elle constitue ainsi une innovation en ce qu’elle rompt avec une tradition dans la recherche sur la condition politique des femmes qui s’inscrivait jusque-là dans une perspective linéaire ou séquentielle (étudiant la condition des femmes en partant d’une période d’exclusion à une période d’inclusion).

Elle montre que dans les premières années postindépendance, la construction élitiste du pouvoir politique autour du diplôme contribue à renforcer la position dominante des hommes (« évolués » puis technocrates). Cette configuration institue surtout une division sexuelle du travail politique qui cantonne les femmes « non instruites » ou wolofones dans leur rôle de mobilisatrices et d’animatrices dans les partis politiques et les femmes instruites dans les marges de la politique (mouvements sociaux et syndicaux). Mais les transformations sociales et culturelles (wolofisation), le développement du mouvement pour les femmes, l’intérêt progressif des organisations internationales à l’égalité de genre depuis les années 1980 permettent une féminisation de l’espace politique sans pour autant remettre en cause les rapports de genre. Ainsi les politiques de quotas, la constitutionnalisation de la parité, la mise en place de mécanismes de promotion de la femme comme la wolofisation, bien qu’elles permettent une féminisation des instances dirigeantes (Assemblées locales et nationale), montrent leurs limites quant à la transformation des rapports de genre aussi bien dans l’espace privé que dans l’espace public. Les résistances sociales et religieuses au féminisme confortent l’ineffectivité des lois émancipatrices.
Domaines de recherches: science politique, Sociologie de l’action publique, sociologie du politique,  et sociologie du genre.

Publications: 

  1. Ngom, « L’inscription des idées féministes dans la tradition sénégalaise ou la réinterprétation du féminisme en Afrique : Les articulations entre l’idéologie féministe les traditions et la « postcolonialité », actes du 9colloque de l’ACSSUM, Tradition(s) : au-delà des idées reçues du 14 Mars 2014 à Montréal, Octobre 2014.
  2. Ngom, « Sénégal : La construction coloniale de l’exclusion des femmes des espaces de pouvoirs », Cours Nouveau,Revue Africaine Trimestrielle de Stratégie et de Prospective, Harmattan, Paris, 2014, no. 11-12, pp. 213-238.